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Kraftwerk, Tour de France
July 8 2003 Emi Germany |
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© Hebdo, L'; 2003-08-21; Seite 68; Nummer 34 L'Hebdo 21 août 2003 culture Avec Kraftwerk, la techno mène au vélo CD Le groupe allemand a toujours été à l'avant-garde de la musique électronique. Le voici dans le peloton du Tour de France. Thierry Sartoretti roule de concert. Ralph Hutter, on aurait aimé le rencontrer. En chair et en os de préférence. Mais à 56 ans, il ne se montre plus en public. En concert avec son complice Florian Schneider, il préfère se cacher dans l'ombre des projecteurs ou derrière ses ordinateurs. Et en conférence de presse, les musiciens de Kraftwerk délèguent devant un parterre médusé des robots à leur effigie pour disserter sur l'état et l'avenir de leurs chers Mensch Maschinen. On se contente donc d'une conversation téléphonique en espérant que le personnage affable et germanophone entendu depuis un bureau de Cologne était bel et bien Ralph Hutter et point un androïde sorti de leur laboratoire de Düsseldorf, le mystérieux studio Kling Klang, où le groupe a passé des années à renouveler et perfectionner son matériel électronique. Ralph Hutter, on aurait vraiment préféré le rencontrer. En maillot et culotte de cycliste si possible. De manière à apprécier la fine musculature de ses jambes entraînées et son teint hâlé par le soleil des cols de montagne. Depuis 1978, le public imagine le duo allemand perpétuellement sanglé dans de sévères costumes sombres. Tout faux. Quand Hutter & Schneider ne programment pas d'élégantes mélodies à la limite du kitsch dans leur antre climatisé, ils roulent à vélo et collectionnent les étapes de légende: Croix-de-Fer, Galibier, mont Ventoux, Izoard... On flaire d'abord une fausse piste, une esbroufe de dandy ou une échappée promotionnelle en faveur de ce nouvel album baptisé Tour de France, mais on comprend au fil de la conversation combien sérieuse et conséquente est la passion cycliste de ce duo qui répond cols du Gotthard et du Nufenen lorsque l'on s'informe d'éventuels passages en Suisse. Imaginez les critiques des magazines culturels branchés obligés de causer dérailleur, grimpée en danseuse, hydrates de carbone ou tenue face au vent plutôt que de techno. Changez de braquet, le nouvel album de Kraftwerk n'enfonce qu'un clou, c'est le biclou. Aux loops d'ordinateurs, les Allemands préfèrent causer Grande Boucle. Tour de France, leur premier album au terme d'une pause discographique de dix-sept ans - une éternité en musique pop - se veut un hommage bleu-blanc-rouge au centenaire. Rare élégance Si le dernier Tour a trinqué jusqu'au fond de la gourde à ses vieilles gloires, Kraftwerk ne s'est également pas privé de célébrer son propre mythe en ne changeant pas d'un iota son style, mélange de pop simplissime, d'humour au second degré et de petites rythmiques pour planer ou danser. Pas de révolution donc, mais un album à la rare élégance qui tourne comme une roue parfaitement usinée. Dans Tour de France, défilent prologue, étapes et hymnes à la petite reine. Ainsi Chrono, Vitamin ou encore Titanium, ce dernier thème étant directement inspiré du vélo de Ralph Hutter: «Nous en avons fait une chanson: Carbone aluminium/cadre titanium. Je roule européen, mais je ne vous dévoilerai pas la marque...» De quand date cet intérêt pour le vélo? De mes vacances d'écolier en France. J'admirais Jacques Anquetil. Quelle élégance! L'Allemagne est un pays qui s'est reconstruit sur une idée de modernité liée à la mobilité automobile. Tout le contraire de nos voisins européens - la France, mais aussi la Belgique et la Hollande - où la tradition liée au vélo est très importante et populaire. Nous n'habitons qu'à quelques kilomètres de ces trois pays. Il y a vingt ans, pour décompresser de nombreuses heures passées en studio, nous avons commencé à nous y promener en bicyclette. C'est devenu une passion qui nous occupe beaucoup et nous lie au-delà de la musique. Nous avons, Florian et moi, roulé sur les classiques du Tour, que ce soit dans les Alpes ou dans les Pyrénées. Nous sommes par ailleurs suivis par un médecin spécialisé. Vous pouvez d'ailleurs entendre dans les compositions Elektro Kardiogramm ou La Forme des extraits sonores de nos consultations. Votre disque sort pile poil pour célébrer les 100 ans du Tour et son parcours figure sur votre CD. Quels sont vos liens avec les organisateurs? Des liens d'amitié avant tout. Nous sommes profondément fans de cette course. Je suis immensément reconnaissant à Gilbert Duclos- Lassalle et Jean-Marie Leblanc (directeur du Tour, ndlr) d'avoir pu suivre cette année les étapes des Pyrénées à bord de leur voiture, directement au coeur de la course. Auparavant, nous n'avions qu'une vision extérieure et disons... intellectuelle de la course. En 1986 déjà, vous avez enregistré une unique chanson en hommage au Tour. Nous pensions alors lui consacrer un album entier. Mais ce projet a sans cesse été repoussé. Il y a eu les remixes de notre répertoire, la sortie de l'album Electric Café, des tournées à peaufiner. Et puis nous avons consacré tant de temps à moderniser notre studio et nos appareils: nous sommes enfin en mesure de donner des concerts entiers de Kraftwerk avec de simples ordinateurs portables. Songez qu'à nos débuts, mon premier synthétiseur Moog était énorme et avait coûté autant de marks que ma VW Coccinelle, celle que l'on voit sur la pochette de l'album Autobahn. Kraftwerk a toujours oscillé entre modernité et hymne aux conquêtes du passé, qu'il s'agisse d'autoroutes ou d'ondes radio. Est-ce la nostalgie qui vous lie au Tour? La bicyclette n'a rien de nostalgique. Au contraire, je la juge très actuelle. Quel moyen de transport intègre ainsi à la fois la mobilité, l'autonomie, l'indépendance, l'écologie et le dernier cri en matière de technologie? Tout comme Kraftwerk avec ses instruments d'abord bricolés puis de plus en plus sophistiqués, le Tour n'a cessé de connaître des innovations techniques. Innovations qui passent par un suivi médical et des modifications du physique des coureurs. D'avoir découvert le Tour de près n'a pas écorné mon enthousiasme, bien au contraire. Nous avons conçu notre album comme un hommage à un sport que nous aimons et nous le voulions positif... sans jeu de mots. Cela dit, quand des journaux allemands ont décrit le coureur Jan Ullrich comme un «homme machine», j'avoue que cet hommage indirect à nos thèmes de prédilection m'a fait plaisir... Tour de France. EMI. 01. Prologue 02. Tour De France '03 (Etape 1) 03. Tour De France '03 (Etape 2) 04. Tour De France '03 (Etape 3) 05. Chrono 06. Vitamin 07. Aero Dynamik 08. Titanium 09. Elektro Kardiogramm 10. La Forme 11. Regeneration 12. Tour De France |
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